« Parce qu’un poème n’est pas une chose logique, qui naîtrait de mon vouloir. C’est une découverte, un instant… Ma poésie naît de l’étonnement. Et elle dure le temps d’un étonnement. (…) Le philosophe explique le monde dans le cadre d’un système, il doit être cohérent. Le poète est incohérent. Il dit la vérité qui se révèle dans le poème, peu importe qu’elle vienne contredire un autre de ses textes. Voilà pourquoi il peut révéler des choses qu’il ne savait pas une minute auparavant, bien plus que ne saurait en expliquer la philosophie. Parfois, je vais jusqu’à me demander si la poésie est littérature. (…) L’état du poète est de désarroi permanent. J’en suis littéralement ébahi. Et d’une façon ou d’une autre, tous les poètes se ressemblent : ils sont tous sensibles à l’inattendu, aux découvertes inouïes ; il ne s’agit pas nécessairement d’extraordinaire, mais de petites choses qui en vérité appartiennent à tout le monde. (…) Alors, qu’est-ce que le poème ? Il n’est pas une révélation de la réalité, parce qu’il ne peut l’exprimer. Le poème, en vérité, est une invention de la réalité. (…) Le poème est une alchimie par laquelle la douleur se change en plaisir esthétique. (…) Si je n’avais pas connu l’expérience de l’exil, j’aurais difficilement pu l’écrire [Poème sale, son livre le plus emblématique, rédigé à Buenos Aires]. Ce fut une conjonction de hasard et de nécessité. L’Argentine vivait un moment de radicalisation politique. Un putsch militaire se préparait, dont nous savions qu’il serait violent. (…) Le poème a eu un énorme retentissement au Brésil. Il a même fait partie de la liste des livres les plus vendus. Vous imaginez ? Un recueil de poésie bestseller ! (…) »
Ferreira Gullar, j’aime bien ce qu’il dit.
